Agigimpong: la jeune fille qui ne voulait pas se marier[1]poster Blog

Il était une fois un petit garçon et une petite fille qui avaient été fiancés par leurs familles. Telle est toujours la tradition chez les Agabang, en Indonésie. Ils grandirent et le jour des noces arriva, mais la jeune fille réalisa qu’elle n’était pas amoureuse de son fiancé. Rien que de penser à l’idée de se marier, elle se sentait mal à l’aise. Cependant, elle n’eut pas le courage d’avouer ses sentiments à son fiancé ni à son père, car elle voulait être toujours considérée comme une bonne fille, travailleuse, bien élevée, surtout vis-à-vis de l’Adat, l’ensemble des lois et coutumes dans lesquels elle avait été éduquée. Elle réfléchit longtemps pour trouver une solution jusqu’au jour où, pendant qu’elle tissait, elle décida de créer un nouveau motif dans le but de donner une piste, d’avertir la famille du fiancé sur sa situation. Elle tissa donc ce nouveau motif dans un panier qu’elle envoya à son futur beau-père. Au début, celui-ci ne comprit pas la raison pour laquelle il avait reçu un panier avec ce motif inconnu. Il le montra à sa femme et lui demanda son opinion. Elle le regarda avec attention et lui dit : « Cela veut peut-être dire qu’elle ne veut pas vivre avec notre fils ». Ils avaient tous les deux remarqué que cet étrange modèle de tissage ressemblait aux motifs de Sinumandak, un tissage difficile que les jeunes filles devaient apprendre à faire avant leur mariage. Elles devaient le réaliser sur une grande natte qui était présentée avec la dot le jour des noces.

La femme observa que, lorsque les lignes du dessin étaient censées se rejoindre harmonieusement, elles se séparaient dans des directions opposées. Ce détail constituait un signal : les jeunes fiancés ne s’entendaient pas bien. Elle pensa : « Nous pourrions envoyer de retour le panier et attendre, voir ce qui se passe ». C’est ce qu’ils firent, mais au bout de quelque temps, le panier leur revint. Celui-ci fit la navette encore trois fois, jusqu’à ce que les parents du fiancé en comprirent le message. « Elle ne se mariera pas avec notre fils ». La jeune femme était cependant d’accord pour rendre la dot qu’ils avaient déjà payée pour elle. L’un des motifs du tissage proposait même une solution possible à ce problème. Des lignes longues et subtiles, à côté d’autres plus petites et écartées, représentaient de quelle façon elle rendrait à son fiancé tous les objets de valeur qu’elle avait reçus : les gongs, les vases anciens, les perles. Ainsi, la famille récupèrerait tout ce qu’elle avait investi lorsqu’il avait été décidé de les fiancer.

Cette pratique est toujours d’actualité et elle est constitue une loi chez les Agabang. Le motif Agigipong représente l’expression du désir des jeunes filles et des femmes de rompre des fiançailles ou un mariage.

[1] Femmes du nord de Kalimantan. Le message des motifs « Sinumandak » y « Agigimpong ». Margrit et Adrian Linder, partenaires œcuméniques de Mission 21 entre 2010 et 2012 à Kalimantan, Indonésie. Vidéo disponible en allemand et en anglais: https://www.youtube.com/watch?v=evwrpWYb4wc