Résumé
L’article présente la situation des femmes en Tanzanie. Il traite de leur vie dans les zones rurales et parle de ce qu’elles vivent quotidiennement. L’auteure présente la vie des femmes dans l’Eglise et le rôle qu’elles y jouent. Elle suggère que l’Eglise a un rôle important dans l’avènement de l’égalité des genres,
dans le „empowerment“ des femmes, tant en son sein que dans la société et le monde en général. Elle pense aussi que la „tâche“ visant à donner du „empowerment“ aux femmes est interdisciplinaire. Ce qui signifie que les théologien-ne-s, les anthropologues, les sociologues, les philosophes et d’autres doivent travailler ensemble pour parvenir au but final que sont l’égalité des genres et le „empowerment“ des femmes.

Introduction

On a l’habitude de dire que les femmes sont l’épine dorsale de la société. C’est très juste si l’on considère leur implication dans les activités quotidiennes ; cela dans toutes les sociétés. John Pobee, qui défend ce concept de la place de la femme dans l’Eglise, dit ceci : « répéter que les femmes forment plus de la moitié des communautés et, partant, constituent en quelque sorte l’épine dorsale de l’Eglise est un truisme qu’il vaut la peine de rappeler »[ii]. Cette remarque fait écho aux diverses activités des femmes dans l’Eglise. C’est l’engagement de beaucoup d’entre elles dans la vie ecclésiale qui donne à l’Eglise vie et visibilité dans la société. Le but de cet article est de présenter la situation habituelle des Tanzaniennes et de montrer comment leur „empowerment“ peut se faire, pour qu’elles aient la possibilité de participer au développement du pays. Batchelor affirme :

« On n’arrivera pas à grand-chose de durable dans nos programmes de développement, si on ne prend pas en considération les droits, les besoins et les capacités des femmes »[iii].

Partout, l’Eglise peut être un instrument puissant du « empowerment » des femmes, un facteur d’accès à l’égalité des genres qui est voulue par Dieu. Bachelet a dit : « Pensez à combien plus de choses nous pourrons faire, quand les femmes auront la possibilité de devenir facteurs de changement et de progrès dans leurs sociétés »[iv]. C’est vrai, on pourrait réaliser beaucoup de choses, si l’Eglise répondait à sa vocation qui est d’accomplir le dessein de Dieu dans ce monde en prenant des mesures pour le „empowerment“ des femmes.

Définition de ce que l’on entend par „empowerment“

Depuis quelques décennies on se trouve devant beaucoup de définitions, vu que les plaidoyers concernant le genre, le développement et le „empowerment“ des femmes ont été nombreux.

„Empowerment“ signifie donner de l’autorité, un pouvoir moral ou physique, les facultés et les possibilités de faire quelque chose[v]. Le Réseau d’information en matière de Population des Nations Unies donne une définition plus spécifique :

« Le „empowerment“ des femmes a cinq composantes :

le sentiment d’estime de soi des femmes ; le droit d’avoir et de déterminer des choix ; le droit d’avoir accès à des possibilités qui se présentent et à des ressources ; le droit de pouvoir contrôler leur propre vie, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la maison ; la capacité d’influencer la direction du changement pour créer au niveau national et international un monde social et économique plus juste »[vi].

 Cette définition élaborée couvre différentes sphères de la vie ; et si les femmes peuvent être responsabilisées dans ces domaines, il y a plus de chances d’obtenir l’égalité des genres.

Du point de vue théologique, on est en présence d’un processus qui place Dieu au centre. Dieu appelle les humains et leur donne du „empowerment“, quel que soit leur sexe. C’est pourquoi personne ne détient ce pouvoir d’être „empowered“, si ce n’est des mains de Dieu. Dieu, le créateur, est celui qui donne ce „power“, ce pouvoir à chacune et chacun de nous.

 L’économie et la situation des femmes en Tanzanie

La majorité des Tanzaniennes vivent dans les zones rurales où la vie est très difficile. La division du travail en fonction du genre a eu des conséquences opprimantes pour les femmes. Ces dernières travaillent quinze heures chaque jour. Dans la plupart des cas, les hommes travaillent moins longtemps. Il y a donc inégalité.

On dit qu’en Afrique la pauvreté a un „visage“ féminin[vii]. Bien que les femmes contribuent grandement au revenu familial et national, la plupart d’entre elles vivent encore dans la plus extrême pauvreté. De plus, la majorité des femmes vivant dans les zones rurales n’ont pas voix au chapitre en ce qui concerne ce qu’elles produisent. Elles sont discriminées et violentées. Beaucoup ignorent quels sont leurs droits ; c’est pourquoi elles ont un réel besoin de „empowerment“. Les femmes des zones rurales ont un accès limité aux ressources productives ; les facilités de crédit qu’on leur accorde sont bien inférieures à celles accordées à leurs homologues masculins[viii].

Trauger écrit : « En ce qui concerne le „empowerment“ des femmes, l’agriculture durable fournit aux agricultrices des espaces de „empowerment“[ix]. On peut être d’accord avec cette affirmation. Mais quand les femmes n’ont pas leur mot à dire en ce qui concerne ce qu’elles produisent, ou ne sont pas libres de décider ce qu’elles veulent faire de leurs produits, cela ne change pas leur situation économique. De multiples façons, les Tanzaniennes contribuent au développement du pays, mais elles n’ont droit qu’à peu de reconnaissance.

Les femmes dans l’Eglise

Partout dans le monde, quelles que soient la culture et la société, l’Eglise est considérée comme un agent de changement. On le doit à la teneur même du message de l’Evangile. On voit, dans l’histoire de l’Afrique, que l’Eglise a joué un rôle dans l’abolition du commerce des esclaves. Elle a aussi joué un rôle dans le développement de l’éducation, des services de santé et le développement social de la société ; elle s’est élevée contre l’influence négative de certaines coutumes, telles la circoncision féminine, et les mutilations génitales, pour n’en citer que quelques-unes.

Quant aux femmes, elles se battent encore pour s’imposer dans l’Eglise.

Cela vient de ce que, historiquement, les femmes ont été victimes de marginalisation, d’oppression et d’injustice, à la fois dans la vie privée et dans la vie publique. A l’époque coloniale, les Africaines ont souffert de ce qu’on peut qualifier de double assujettissement : en tant qu’Africaines, elles étaient opprimées par les colonisateurs, et en tant que femmes, par les hommes.

On pourrait imaginer que les hommes africains chrétiens reconnaissent la similarité entre l’oppression dont ils ont été victimes en tant que colonisés et l’oppression qu’ils font subir aux femmes, mais c’est rarement le cas. En général, on continue à opprimer les femmes même dans les Eglises. Et, du fait qu’elles s’occupent de tâches „inférieures“, aux champs comme à la maison, elles sont cantonnées à des tâches de second ordre dans les Eglises.

Cependant, l’Eglise a aussi été un lieu de refuge pour les femmes. Elles s’impliquent dans diverses activités de la vie de l’Eglise et elles s’y sentent encouragées. Leur rôle y est inestimable.

Prenons l’exemple de l’Eglise Morave en Tanzanie ; les femmes se rencontrent dans des groupes appelés „kitulano. C’est un mot local qui veut dire „s’entraider“. Les femmes sont engagées dans ce ministère reçu de Dieu. Ces groupes se retrouvent deux fois par semaine pour une célébration et pour partager leurs intérêts et leurs soucis. J’aimerais mentionner le cas de la Province du Sud-Ouest ; on y compte 208 paroisses qui totalisent approximativement 450 000 membres. Le département femmes-enfants y est dirigé par deux pasteures, secondées par quatre évangélistes. Selon une de ces pasteures, la contribution financière des „kitulano et des femmes en général est très importante pour le budget de la Province. Les femmes recueillent de l’argent à trois occasions. La première est la Journée Mondiale de Prière. Ce jour-là, elles récoltent de l’argent de plusieurs manières. L’intégralité de la somme recueillie va au bureau central de la Province. Cet argent sert à payer une partie des salaires des employés de l’Eglise. La deuxième est la Journée des Femmes qui a lieu chaque année le dernier dimanche de juin. L’argent récolté dans ce cadre est versé à la caisse centrale de la Province. La troisième occasion, en août, est une journée de prière pour les orphelins et les enfants vulnérables. L’argent recueilli à cette occasion est directement envoyé dans les centres qui soutiennent les enfants. Il permet de fournir des uniformes scolaires, des cahiers, des plumes, des crayons et d’autres fournitures scolaires. Le problème restant, c’est que les femmes sont sous-représentées dans les organes décisionnels, bien qu’elles contribuent largement au budget de la Province.

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